Frank Vandenbroucke (sp.a) retient ses larmes lors d'une conférence de presse à la clinique CHC Montlégia.

Hôpitaux : Les larmes d’un ministre devant la difficulté du Covid-19

Jeudi 28 octobre au cours de sa visite à la Clinique CHC Montlégia de Liège, le Ministre fédéral des affaires sociales et de la Santé publique Frank Vandenbroucke n’a pu cacher son émotion devant les caméras. Peu avant, il est allé au chevet de patients covid hospitalisés en soins intensifs.

Une solidarité et des mesures qui se font attendre

Alors que l’Europe est frappée de plein fouet par la deuxième vague du Covid-19, les hôpitaux tirent depuis plusieurs semaines sur la sonnette d’alarme face à l’afflux important de nouveaux patients tous les jours dans leurs unités. Les hôpitaux de Belgique, qui voient aussi les mauvais chiffres liés au Covid-19 augmenter de manière exponentielle, sont passées au code 2A, soit l’avant-dernier d’un plan sanitaire en cinq phases (0, 1A, 1B, 2A, 2B).

Ce passage au code 2A, acté le jeudi 22 octobre, va permettre d’augmenter les capacités de lits en soins intensifs pour les patients Covid-19 de 1000 à 1200 et celles de lits normaux de 4000 à 4800, aussi réservés au patients Covid-19. De plus, ce code envisage une solidarité entre les hôpitaux pour faciliter le transfert de patients dans le but de désengorger les établissements en tension. Une solidarité qui n’allait pas de soi pour certains. Christoph D’Haese, le bourgmestre (N-VA) de la commune d’Alost située au Nord-ouest de Bruxelles, avait fait savoir deux semaines avant l’activation du code 2A qu’il ne souhaitait pas accueillir de patients transférés depuis la capitale, arguant que les habitants de sa ville devaient rester prioritaires pour bénéficier des places dans l’hôpital de leur ville. Cette annonce avait fait réagir le Ministre fédéral de la Santé publique nouvellement nommé Frank Vandenbroucke (SP.A) qui avait alors dû rappeler que des Alostois sont venus se faire soigner à Bruxelles par le passé et que la solidarité s’imposait désormais pour toutes les communes. Un rappel nécessaire pour mettre fin à un début de polémique dont personne n’avait besoin.

Une cacophonie incompréhensible en temps de crise

Côté politique, les journalistes étaient attendus le vendredi 23 octobre à 9h pour entendre les nouvelles mesures qui allaient être prises à l’issue du Comité de concertation de la veille. Cette réunion n’était initialement pas prévue dans les agendas des différents ministres des communautés. La semaine précédente, soit le 16 octobre, l’exécutif avait pris des premières mesures et annoncé la fermeture de l’Horeca. Hôtels, restaurants et cafés devaient rester fermés au moins jusqu’au 19 novembre. Un prochain Comité de concertation devait se tenir le 30 octobre, laissant ainsi deux semaines à l’exécutif pour voir l’effet des premières mesures sur l’évolution de la courbe des nouvelles contaminations. Mais face à la dégradation rapide de la situation, des mesures supplémentaires étaient exigés pour tenter d’infléchir la tendance. Alors que l’opinion publique wallonne et bruxelloise s’attendait à l’annonce d’un reconfinement, le mot n’a pas été prononcé à l’occasion du point presse du 23 octobre, où le Premier Ministre Alexander De Croo, sans faire de grandes annonces, s’est contenté d’amplifier les comparaisons entre les 11 joueurs de l’équipe de football et les 11 millions de belges appelés à former une équipe pour vaincre le virus.

Le 23 octobre à 9h, le Premier Ministre Alexander De Croo a fait des annonces qui n'ont pas convaincu les communautés. Plus tard dans la journée, les régions wallonne et bruxelloise ont fait des annonces à leur tour, dépassant celles du gouvernement fédéral.
Le 23 octobre à 9h, le Premier Ministre Alexander De Croo a fait des annonces qui n’ont pas convaincu les communautés. Plus tard dans la journée, les régions wallonne et bruxelloise ont fait des annonces qui dépassaient celles du gouvernement fédéral.

Face à la tiédeur des mesures politiques qui n’étaient pas à la hauteur de l’urgence sanitaire, le gouvernement wallon prenait quelques heures plus tard des mesures plus fortes que le gouvernement fédéral. Il annonçait notamment la fermeture des Universités et un élargissement du couvre-feu en région wallonne. Les maires de Bruxelles annonçaient à leur tour qu’ils allaient se réunir le samedi 24 octobre pour décider de mesures plus strictes pour leur région. Mardi 27 octobre, ce sont les ministres flamands qui décident d’étendre les restrictions en Flandre. Entretemps, les journalistes avaient appris que les demies-mesures décidées lors du point presse du vendredi 23 octobre étaient en grande partie liées au gouvernement flamand qui, par la voix de son Ministre-Président de Région, Jan Jambon (N-VA), avait refusé l’annonce de mesures plus fortes, car il préférait attendre une semaine supplémentaire pour voir l’impact de la fermeture de l’Horeca sur la courbe des nouvelles contaminations.

Des ministres en mission auprès des professionnels

En attente des annonces du Comité de concertation du vendredi 30 octobre, les différents ministres fédéraux ont multiplié les interventions auprès des professionnels de la santé pour afficher la solidarité du gouvernement.

L’unité des soins intensifs affiche complet au Montlégia. Les patients sont transférés dans d’autres salles, comme cette salle de réveil où se trouvent quatre personnes intubés.

Le Ministre fédéral de la Santé publique a fait un déplacement remarqué à Liège, où il a pu constater l’ampleur d’un désastre qui ne fait que commencer : un personnel soignant en sous-effectif, des patients covid-19 intubés côte-à-côte… parfois jusqu’à quatre dans une même pièce. C’en était trop pour le Ministre qui, la gorge nouée, peinait à s’exprimer et à cacher son émotion lors de la conférence de presse succédant sa visite. Une émotion qui laisse présager que la Belgique va basculer vers un deuxième confinement sept mois après l’annonce du premier, pour éviter que ne s’effondre un système hospitalier déjà ébranlé par la première vague.

Un ministre à l’épreuve de l’Humanité

En mission depuis le 1er octobre à l’annonce du nouveau gouvernement de coalition belge, Frank Vandenbroucke a connu par le passé d’autres portefeuilles ministériels. Sa première nomination, il l’a obtenu en 1999, héritant alors du Ministère fédéral des Affaires sociales et des Pensions. A cette époque, la Belgique avait à la tête de son gouvernement fédéral un certain Guy Verhofstadt. La configuration de l’époque avec six partis de coalition contre sept aujourd’hui peut suggérer une similitude entre les deux moments. Il n’en est rien.

20 ans après, le contexte politique et social belge s’est fortement dégradé. D’une part, la Belgique affrontait il y a encore peu une crise politique majeure. Les élections législatives du 26 mai 2019 n’avaient pas fourni un net vainqueur au Royaume. Les affaires étaient alors laissées aux mains d’un gouvernement intérimaire dirigé par Sophie Wilmès (MR). Les négociations entre partis se sont succédées pendant plusieurs semaines, mais aucune piste sérieuse n’était envisagée pour former un gouvernement de coalition qui devait faire bloc face aux 30% de voix recueillies par les partis nationalistes flamands (NV-A et VB). Ce n’est que le 17 mars qu’un gouvernement de pouvoirs spéciaux est annoncé pour une durée de six mois afin de diriger la crise pandémique en Belgique. A ce moment, c’est déjà la cacophonie entre les entités fédérées et le gouvernement fédéral. Personne ne semble vouloir prendre des mesures forte concernant la crise sanitaire, chacun refusant de prendre ses responsabilités.

D’autre part, la société de 1999 n’a plus rien à voir avec celle de 2020. Le Ministère de la Santé publique dont a hérité Frank Vandenbroucke était jusqu’alors aux mains d’une très contestée Maggie De Block (Open-VLD) pendant six ans. M. De Block a essuyé de nombreuses critiques pour une série de bavures commises rien que pour la période de la crise sanitaire : pénurie de masques, erreur de commandes, manque de clarté dans les interventions. C’est dans ce contexte difficile et bouleversé que réapparait sur les devants de la scène nationale le socialiste flamand, absent des ministères fédéraux depuis 2004.