Chronologie d’un branle-bas annoncé aux États-Unis

Le 3 novembre, les Américains sont appelés aux urnes afin d’élire leur président pour les quatre prochaines années. Les télévisions du monde entier ont braqué leurs projecteurs sur la première puissance économique qui n’a pas annoncé de vainqueur plus de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux votes. En cause? Dans certains États, le dépouillement des bulletins envoyés par voie postal répondent à certaines conditions. Explications !

« Nous attendons des votes qui continuent d’arriver en Pennsylvanie et en Géorgie. »

La chaine d’information américaine CNN tient l’antenne depuis le 3 novembre dans l’attente de connaître le vainqueur de l’élection présidentielle.

En raison de la pandémie de Covid-19 qui touche les États-Unis avec une intensité particulièrement importante – 1130 décès supplémentaire pour la seule journée du 3 novembre selon le décompte du New York Times -, le Parti Démocrate avait appelé les électeurs, qui redoutaient de faire le déplacement jusqu’à un bureau de vote, à recourir au vote par correspondance ou au vote anticipé, les deux étant différents d’un point de vue formelle.

  • Le vote anticipé nécessite un déplacement in presentia dans un lieu prévu à cet effet. En temps de Covid, il évite à un électeur de venir s’ajouter à une file d’attente le jour de l’élection.
  • Le vote par correspondance permet à un électeur de déposer son bulletin de vote dans une enveloppe scellée. Il doit ensuite la déposer dans une boite mise en place par la poste de l’État en question.

Lors de l’élection présidentielle de 2016, ce sont quelques 42 millions d’inscrits qui ont voté avant le jour de l’élection, soit près d’un électeur sur quatre. Selon les informations fournies par Michael McDonald, professeur à l’université de Floride, le recours au vote anticipé ou par correspondance lors de l’élection de 2020 a quant à lui dépassé les 100 millions d’utilisateurs.

Dans certains États, les lois permettent de voter jusqu’à 46 jours avant l’élection présidentielle. C’est le cas dans le Minnesota ou encore dans le Dakota du Sud. D’autres États permettent par exemple de procéder au dépouillement des votes avant le jour de l’élection. Cela explique que les résultats sont tombés très rapidement dans des États qui se sont uniquement focalisés sur les bulletins issus de bureaux de vote, lesquels ont été ajoutés aux bulletins arrivés par voie postale et dépouillés les semaines précédentes.

Dans d’autres États, le dépouillement de ces votes arrivés par voie postale ne commence qu’après celui ayant eu lieu dans les des urnes. C’est pourquoi certains États comme la Pennsylvanie ou encore la Géorgie reçoivent encore des votes des heures après la fermeture des bureaux. La Pennsylvanie autorisent par ailleurs à recevoir des votes par correspondance jusqu’à trois jours après le jour de l’élection, sous la condition qu’ils aient été envoyés au plus tard le jour de l’élection. Donald Trump a attiré l’attention de ses partisans sur ce phénomène en le qualifiant d’ « illégal », quand pendant des années il n’a jamais posé problème. Au contraire, les votes anticipés et par correspondance bénéficient d’un encadrement très strict dans les États qui les pratiquent.

Une président qui attise la tension jusqu’au bout

Donald Trump l’avait annoncé dans les mois qui ont précédé l’élection : il contesterait le résultat si celui-ci ne le déclarait pas vainqueur. Chose promise, chose due. Depuis le 4 novembre, le 45e Président des États-Unis se déclare vainqueur dans des États qui n’ont pourtant annoncé aucun résultat définitif. Il en a menacé d’autres de poursuites judiciaires s’ils continuaient le décompte des votes arrivés par voie postale. Il a encore accusé les Démocrates faire fondre leur retard à l’aide des « votes illégaux » sortis de nulle part. Dans un slogan qui a fait désormais le tour du monde, il appelait carrément à arrêter le comptage.

A Washington, le 5 novembre à 5h du matin, Donald Trump demande via Twitter l’arrêt du dépouillement dans les bureaux qui n’ont pas encore fourni de résultats définitifs.

Dans le Michigan, les Républicains affichaient un net avantage à l’issue du dépouillement des bulletins déposés dans les urnes. Or, le vote par correspondance a finalement fait basculer le résultat final en faveur des Démocrates dans les derniers instants du dépouillement. Les observateurs de la vie politique avait prédit qu’un tel retournement de situation pouvait avoir lieu dans les swing states en raison de l’appel des instances démocrates à recourir massivement à ce type de vote.

Mais face aux dénonciations répétées des suspicions de fraude émises par Donald Trump, ses partisans se sont mobilisés pour lui emboiter le pas. Ainsi, les Américains ont assisté à des scènes de contestation au sein même des établissements qui abritaient les bureaux de vote, comme ici à Detroit (MI).

A Detroit dans le Michigan, des manifestants demandent l’arrêt du dépouillement des votes par correspondance. L’État semblait pencher en faveur des Républicains avant de finalement basculer dans le camp démocrate.

Une scrutin qui fera des dégâts bien au-delà de l’élection

Les Démocrates ont fermement condamné l’attitude de Donald Trump visant à intimider les États n’ayant pas encore délivré leurs résultats. Ils ont cherché une condamnation sans équivoque du chef de file des Républicains au Sénat, Mitch McDonnell, qui s’est contenté de dire que dans des États disputés le « sens américain » permettait de saisir la justice. D’autres représentants Républicains ont pris leurs distances avec le milliardaire et demandé des preuves des fraudes dénoncées.

Dépourvues d’éléments attestant d’une quelconque fraude, les plaintes déposées par les équipes d’avocats ne seront pas recevables devant les tribunaux. La Géorgie a rejeté la plainte dès le 5 novembre. En Pennsylvanie, où la plainte a été acceptée, des observateurs supplémentaires ont été déployés dans des bureaux de votes. Une façon de contenter le Président qui tente par tous les moyens d’entraver le processus électoral.

Dans un pays déjà touché par une crise sanitaire, économique et sociale viendra s’ajouter une crise institutionnelle qui verra de nombreux recours devant les tribunaux. Les tensions dans la société, déjà vives, augmenteront d’un cran dans une Amérique plus que jamais divisée.

Sentant que sa réélection lui échappe, le Président joue un jeu qualifié de dangereux par certains Républicains qui – outre la défaite de leur camp – voient la mise en accusation des institutions américaines. Dans les dernières heures d’une présidence hystérique et dévastatrice, Donald Trump semble plus que jamais déterminé à vouloir entrainer dans sa chute personnelle un pays tout entier.