L’Europe s’en souvient. Au mois de mars, quand tous les pays du vieux continent se confinent, quelques récalcitrants décident d’adopter une stratégie périeuse : atteindre l’immunité collective au sein de la population. Ainsi, l’Angleterre, les Pays-bas et la Suède deviennent des laboratoires à ciel ouvert qui prennent leur population en cobaye et invitent presque les citoyens à se faire contaminer pour atteindre cette fameuse immunité. Aujourd’hui, en janvier 2021, l’Angleterre reconfine … pour la 3 troisième fois, marquant un terrible aveu d’échec pour ses dirigeants qui depuis le début se sont trompés – et ont trompé les Britanniques.
A l’entame de l’été, la Suède effectue son autocritique au sujet de la stratégie adoptée. Le pays scandinave déplore en juin un taux de mortalité – rapporté à sa population – parmi les plus élevés au monde, là où ses voisins nordiques peuvent se targuer d’avoir épargné des vies grâce aux confinements appliqués sur leurs territoires. Dans le pays des Vikings, l’immunité collective est loin d’avoir été atteinte, marquant un double échec de cette stratégie. Ainsi, l’épidémiologiste en charge auprès de l’Agence de santé publique en Suède, Anders Tegnell, reconnait que le pari porté en mars était risqué et que les pertes humaines étaient trop importantes par rapport aux projections faites.
En Angleterre, en revanche la situation est nettement plus désastreuse. Pourtant aucun mea culpa ne semble se profiler à l’horizon, même dix mois après le début de la crise sanitaire. Pire encore, les dirigeants s’entêtent dans des raisonnements pour éviter de se regarder en face et avouer leur échec.
Alors que tous les indicateurs montrent en mars que les Britanniques courent à la catastrophe, le premier ministre Boris Johnson décide de ne pas rénoncer aux pubs et aux salons de thé. Il suit l’avis de certains épidémiologistes minoritaires et adopte la stratégie visant à atteindre l’immunité collective. Or, la situation se dégrade rapidement, au point où le pays décide, le 24 mars, de se confiner, soit deux semaines après le reste de l’Europe. Le ton va radicalement changer à la suite de cela.
Se montrant peu concerné par le virus, même après que l’OMS ait déclaré l’état de pandémie mondiale, l’ancien maire de Londres devient le 5 avril le premier dirigeant politique majeur à s’infecter au Covid-19. Via de courtes vidéos tournées avec la caméra de son téléphone portable, il se montre à la population anglaise, en train d’affronter sereinement la maladie avec une cohorte de médecins sur le dos qui le surveille. De vidéo en vidéo, la dégradation de son état de santé se manifeste, si bien qu’il se fait admettre à hôpital Saint-Thomas de Londres. Pendant une semaine, le dirigeant séjourne entre les murs de l’établissement.
Se montrant reconnaissant envers les soignants qui se sont occupés de lui, l’ardent défenseur du Brexit n’admet cependant jamais officiellement de quelconques négligeances au sujet de la stratégie hasardeuse adoptée au printemps et qui fit perdre au pays de précieuses semaines dans la lutte contre le Covid-19.
Dix mois plus tard, l’Angleterre prépare stratégiquement la population à – non pas un deuxième mais – un troisième confinement.
A la fin de l’année 2020, alors que les Catholiques s’apprêtent à vivre des fêtes confinées, les autorités sanitaires britanniques annoncent la découverte d’un variant du virus qui se propagerait beaucoup plus rapidement que n’importe quelle autre forme identifiée jusqu’à présent. Immédiatement, de nombreux pays cessent toute liaison avec le Royaume-Uni par crainte que cette forme nouvelle du virus ne se propage chez eux (… il convient de s’interroger de l’efficacité de cette décision dans la mesure où il est établi que le virus se propage avec deux semaines d’avance sur chaque mouvement politique).
Jouant désormais depuis plusieurs mois un rôle de garde-fous – après avoir endossé celui de candide -, l’OMS a mis les pays en garde contre toute décision hâtive concernant la variante du virus. Après avoir analysé les données fournies par les autorités britanniques, l’OMS a certifié que rien ne permettait d’affirmer que la variante britannique présentait des caractéristiques davantage dangereuses que les précédentes variantes identifiées jusqu’ici.
Déjà perturbés dans leur quotidien par les incertitudes concernant l’évolution du virus, les citoyens lamba se retrouvent une fois de plus confrontés à des discours qui tirent des conclusions contradictoires et qui appuient pourtant leurs analyses sur les mêmes données. Cette configuration illisible favorise l’émergence d’un sentiment de rejet chez les personnes car elle pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses : pourquoi le gouvernement anglais s’empresse de reconfiner sa population alors qu’il était l’un des derniers pays européen à le faire? Pourquoi l’OMS se montre moins inquiète que l’Angleterre au sujet de la variante? Pourquoi devrait-on soudainement s’inquéter d’un variant alors que de nombreux autres variants circulent sans modération?
De cette situation chaotique, il semble avant tout que le gouvernement britannique peine à maitriser la situation sanitaire sur son territoire. La « variante britannique », comme elle s’appelle désormais, semble faire diversion auprès de la population anglaise pour favoriser un nouveau coup de vise liberticide du gouvernement. Incapable de penser un modèle permettant de cohabiter avec le virus, les dirigeants britanniques préfèrent s’adonner à l’apathie politique au lieu d’offrir à leurs citoyens un horizon d’espérance.