Qui peut se dire « adulte » ? Nul ne peut s’en vanter sans paraitre présomptueux. Et encore… s’agit-il d’une fierté que de le mentionner ? Est-ce une fois qu’un âge déterminé est atteint, du jour au lendemain après avoir été célébré lors d’un anniversaire ? Quel anniversaire ? Celui décrété par la majorité légale ? Cette notion ne détermine pas le passage de l’adolescent vers l’adulte, mais elle se contente de reconnaitre à une personne, une responsabilité civile devant les lois du pays dans lequel elle vit et pratique des activités contractuelles. De plus, la majorité légale est une notion du tout arbitraire, fluctuant d’un pays à l’autre. Ainsi, lorsqu’elle se situe à 18 ans en Belgique et dans l’intégralité des pays européens, la majorité légale atteint 19 ans en Corée du SUd, 21 ans en Argentine jusqu’en 2009 avant que son passage est acté à 18 ans.
Le critère légale n’instaure en rien un état de conscience « adulte » à la personne qui l’atteint, mais il responsabilise les nouveaux arrivants aux yeux de la loi. Le couronnement de l’ « âge adulte » ne peut donc être la conséquence d’un cap franchi un jour marqué au feutre dans un calendrier. Dans la culture européenne, c’est dire que cette date du 18e anniversaire fait l’objet de tout un rituel dramatique, rôdé de phrases protocolaires : « Tu vas enfin pouvoir passer ton permis » ; « À toi le droit de vote ! » ; « Tu es un adulte maintenant, tu as des responsablités. » ; « Tu dois bien te comporter maintenant, comme un adulte. » ; « Finis les pipis au lit ! » Par l’amplification inlassable de ces référents, la personne célébrée est insidieusement invitée à abandonner son caractère d’antan pour développer d’autres traits de personnalité, moins adolescentèsque et plus … adulte.
Quel est donc la définition de « l’adulte » ? Je suis allé faire un tour sur le site de l’Académie française, grand dictionnaire de référence de la majestueuse Culture française avec un grand Cul. Voici ce qu’y trouve l’internaute curieux, que je suis :
Adulte – adjectif.
Parvenu au terme de sa croissance. Une plante, un animal adulte. Un homme adulte.
La référence à la plante suggère que les maisons de repos sont en réalité des serres abritant des espèces végétales en voie de disparition, mais qu’on essaye de maintenir artificiellement en vie en les arrosant et en leur jouant des airs musicaux.
Revenons plus sérieusement à cette définition (… qui n’en est pas une). En mentionnant l’accomplissement de la « croissance », l’Académie française fait référence à l’âge adulte biologique. La majorité légale est quant à elle une notion juridique. Les deux disciplines, que sont la justice et la biologie – bien qu’intéressantes -, n’ont rien en commun, mises à part les lettres « i » et « e ».
Les études scientifiques démontrent de longue date déjà que la croissance masculine s’achève en moyenne vers 16-17 ans, là où la croissance féminine se termine plus tôt entre 14-16 ans. Ces âges ne coïncident pourtant pas avec la notion juridique de la majorité civile – qui de plus ne distingue pas les hommes et les femmes aux yeux de la loi.
Se pose alors une question : comment justifier que la majorité civile ait été fixée à 18 ans ? Voici l’histoire de comment le 18e anniversaire a obtenu cette charge symbolique pour justifier le passage à l’âge adulte : « Il était une fois un dirigeant politique (on ne sait pas très bien qui). Il décida d’instaurer la majorité légale à 18 ans (on ne sait pas très bien pourquoi). Les autres pays se dirent « Waouh, quelle chouette idée » et copièrent le premier pays. » Fin de l’Histoire.
La biologie affiche une clarté limpide sur les motifs permettant de qualifier un sujet d’ « adulte » : « il termine sa croissance ». La justice en revanche, peine à dépasser le stade du « tout arbitraire », suscitant l’incompréhension chez les personnes qui s’intéressent à la question … et l’indifférence de toutes les autres personnes qui se moquent en général d’un peu près tout ce qui ne les concerne pas directement.
Retournons un instant à ces phrases protocolaires qui sont toujours énoncées d’un air béant, mais comme une évidence, par les personnes qui les prononcent. Elles insinuent un rapport au comportement des personnes qui est supposé changer au passage à l’état adulte. Le comportement est par excellence un critère qui relève – non pas de la justice ni de la biologie, mais – de la psychologie et de son objet d’étude, le psychisme !
Deuxième voyage vers le dictionnaire de l’Académie française que j’ai réadapté pour en effacer les aspects tautologiques de la définition proposée :
Psychisme – nom masculin.
Ensemble des caractères qui touche la vie mentale du sujet, dans ses aspects conscients et inconscients.
Grande absente des considérations liées à l’état « adulte », la psychologie est pourtant la porte d’entrée vers cette nouvelle vie que doivent affronter les adolescents qui ont grandi et disposent désormais des responsabilités devant la loi. La société des hommes posent des attentes à ces nouveaux entrants : trouver un travail, payer des impôts, aller voter, mourir lentement sans faire trop de bruit,… en espérant ne pas coûter trop cher à la sécurité sociale. Il en va de même pour les végétaux qui adoptent un vie plus ou moins dépendante de l’eau ou la lumière au fil de leurs croissances. Au gré de ces aspects, l’adulte est pleinement un être imprégné d’un comportement déterminé.
Pour l’homme cela signifie : terminés les bols de chocapic au lait le matin, l’adulte ne petit-déjeune pas. Il n’a pas le temps pour ça. Il se contente d’allumer sa cafetière électrique et de verser son Nespresso insipide dans un thermos pour le boire sur le chemin du travail. Au restaurant, fini le menu hamburger-frites. Désormais, c’est « chair de gibier inséré entre deux délicates couches de brioches aux sésames, accompagné de sa savoureuse sauce de pomme dorée et de pommes de terre fraiches, finement coupées et cuites à chaleur vive. » … ça reste un hamburger-frites, mais dit avec la manière.
Ainsi, une définition universelle de l’adulte pourrait se formuler comme suit :
Adulte – nom masculin
Un adulte est un sujet vivant dont le comportement mentale (psychologie) évolue, une fois la pleine croissance (biologie) atteinte.
Les aspects arbitraires – fournit par la notion juridique – sont éludés de la définition, offrant la perspective d’une compréhension plus globale du terme « adulte ».