Dans la culture Rock, le 3 février reste le jour connu sous le triste nom de : The day the music died (le jour où la musique s’est arrêtée).
Nous sommes en 1959.
La musique Rock est dans ses années fastes et règne en maitre dans les salons de milliers d’amateurs de musique américaine. En cette dernière année des fifthies, le Midwest accueille la Winter Dance Party 1959, une tournée hivernale en 24 dates – du 23 janvier au 15 février –, qui doit amener un groupe de six jeunes artistes à se produire dans les Etats du Wisconsin, du Minnesota, de Iowa, de l’Illinois, de l’Ohio et du Kentucky. À rebours des festivals qui démarrent sous les températures caniculaires des mois de juillet et d’aout, cette tournée pousse les artistes à lutter contre le froid pour réchauffer les cœurs des fans de Rock. Dans les gradins, les bières sont remplacées par des chocolats chauds et les bougies d’ambiance tenues au-dessus de la foule lors de slows dansants sont évincées par des plaids sous lesquelles les amoureux se recroquevillent pour affronter la rudesse de l’Hiver.
Sur scène se déroule un spectacle moins enclin aux câlins et embrassades. Des artistes accablés par des voyages pénibles dans des conditions peu supportables n’ont qu’une seule envie : faire chanter les spectateurs qui ont fait le déplacement pour les voir jouer. De vrais bêtes de scène, reconnaissants envers leur public, dont ils ne sous-estiment ni l’amour ni l’affection et pour lequel ils s’adonnent à une éternelle passion pour leur art, quitte à y laisser la voix plutôt deux fois qu’une en chantant des textes capables d’hérisser les poils des auditeurs plus des six décennies après qu’ils eurent été composés.
Parmi ces artistes d’un autre temps figurent les rockeurs Buddy Holly (23 ans), Ritchie Valens (17 ans) et Jiles Perry Richardson (29 ans), alias The Big Bopper. Le soir du 2 février 1959, ils donnent leur dernier concert, avant de disparaitre tragiquement dans un accident aérien, quelques heures seulement après la performance donnée sur la scène de Clear Lake dans l’Iowa.
Formé spécifiquement par Buddy Holly pour la Winter Dance Party, le groupe est composé de trois artistes supplémentaires : le guitariste Tommy Allsup, le chanteur Waylon Jennings et le batteur Carl Bunch. Ce dernier ne participe pas au concert de Clear Lake en raison d’une hospitalisation survenue le jour même pour des gelures contractées aux jambes lors de ces rudes voyages en bus. Ne bénéficiant pas d’une logistique adaptée à leurs déplacements entre deux localités, le groupe souffre du froid et de l’inconfort des voyages de nuits. L’enthousiasme des premiers jours de la tournée s’effrite rapidement aux dépens des états grippaux qui s’accumulent au sein des membres du groupe.
Après un peu plus d’une semaine de tournée, s’en est déjà de trop pour Buddy Holly. À son look de binoclard-premier-de-classe se greffe un caractère de leader affirmé. C’est en cette qualité qu’il affrète un petit avion le soir du 2 février après le concert donné à Clear Lake. Le vol doit relier la localité de Iowa à Moorhead, située dans le Minnesota. Sa place à bord est assurée, tandis que les deux autres sièges de l’aéronef s’arrachent à coup d’arrangements entre les autres membres du groupe. Waylon Jennings cède volontairement sa place à un J. P. Richardson affaibli par la grippe. Ritchie Valens gagne quant à lui son siège à pile-ou-face aux dépens de Tommy Allsup. Taquin après sa victoire au jeu de la monnaie, Valens souhaite un bon trajet en bus à Allsup, lequel rétorque d’un ton revanchard espérer que « l’avion se crash », phrase qu’il regrette jusqu’à son dernier souffle, expiré en janvier 2017.
Quelques minutes après le décollage, peu avant 1h00 du matin du 3 février, le pilote – mal informé sur les conditions météorologiques en cette nuit d’Hiver – perd le contrôle de l’appareil. Les décombres de l’avion sont retrouvés dans un champ à l’aube du matin même, à une dizaine de kilomètres de l’aéroport d’où les trois artistes et le pilote s’étaient envolés pour ne jamais atterrir.
Cette année, sur cette plaine boueuse du mois de février, la floraison prévue au printemps n’eut pas lieu. Ni les années suivantes d’ailleurs. Les jeunes germes qui avaient donné leurs premiers éclats récemment, s’étaient définitivement volatilisés. Dans l’esprit des observateurs, qui les virent les années précédentes, ne restait désormais plus que le souvenir d’un émerveillement soudain, qui s’est arrêté un soir de février.