La téléologie – le mal de la science

La téléologie est une doctrine qui se propose de donner au monde un but, une finalité. C’est-à-dire que tous les phénomènes passés, présents et futurs convergents dans le sens d’un objectif final, définit par le créateur. Dès lors, pour les tenants de la doctrine téléologique, le monde s’inscrit dans une logique qui échappe aux actions de l’Homme. Je n’emploi pas le terme de « dieu », car il ne faut pas confondre téléologie et théologie. Il ne s’agit pas d’une pensée religieuse, mais bien philosophique.

Bien que la paternité du terme appartient au philosophe allemand Christian von Wolff (1728), les historiens trouvent des bribes de cette pensée déjà dans la Timée de Platon au IVe siècle avant notre ère :

Le monde est le résultat de l’action combinée de la nécessité et de l’intelligence. L’intelligence prit le dessus sur la nécessité, en la persuadant de produire la plupart des choses de la manière la plus parfaite ; la nécessité céda aux sages conseils de l’intelligence ; et c’est ainsi que cet univers fut constitué dans le principe.

Platon, Timée (48a)

Platon propose une lecture optimiste de l’intelligence humaine. Pour le disciple de Socrate, chaque individu est maitre de son intelligence et par conséquent, il peut faire le Bien. L’intelligence des êtres humains doit se mettre au service de l’oeuvre créatrice pour sublimer le monde, à partir des choses qui existent, afin de le rendre meilleur. Contraint de vivre avec une finalité qui lui échappe, il ne peut se résoudre à vivre avec le confort du nécessaire qui l’entoure.

En partant du principe que le monde emprunte depuis son origine une route de laquelle nulle activité ne pourra l’en dévier, la téléologie s’abstient de toute considération mécanique de l’univers, c’est-à-dire le modèle selon lequel tout phénomène qui produit des effets possède des causes qui lui sont antérieures. La téléologie réfute dès lors les sciences du vivant en stipulant que quelque soit l’action humaine, elle n’altèrera jamais la finalité que le créateur réserva au monde.

« Conception d’une autre époque », diraient certains. Pas tout à fait. Depuis plusieurs décennies que le changement climatique d’origine anthropique – causé par les activités humaines – est avéré, le consensus scientifique autour de la question est bousculé, précisément par la persistance de la doctrine téléologique de certaines minorités particulièrement audibles… trop audibles par rapport à ce qu’elles représentent réellement en terme de chiffres. L’argument avancé par ces minorités pour réfuter le changement climatique est l’idée d’un réchauffement global de la surface de la terre en raison des périodes de réchauffement naturel que connait la terre depuis des millions d’années. Bien qu’il s’appuie sur une base scientifique avérée, cet argument est employé de manière frauduleuse par ses adeptes, car il omet de préciser que les données n’ont jamais relevé une hausse aussi abrupte des températures sur une durée de moins d’un siècle. Les dispositifs de mesures climatiques n’étaient pas disponibles au Moyen-Age diront encore ces esprits réfractaires. Il n’empêche que la science a pu établir la réalité des âges et des périodes glacières à l’aide d’outils qui n’ont fait qu’évoluer et préciser les données dont disposaient les scientifiques. Certains de ces outils, beaucoup plus basiques, ont même réussi à déterminer que des dinosaures vivaient sur terre à une certaine époque…

De plus, cet argument du rechauffement naturel de la surface de la terre est contesté et facilement contestable, car il fait délibérement abstraction de toute la doctrine mécanique qui impute à chaque effet une cause préalable. En l’occurence, la science a établi depuis plusieurs décennies déjà que l’activité de l’Homme avec les energies fossiles est largement tributaire de ce phénomène de rechauffement climatique, sans que n’intervienne le rechauffement supposé naturel de la terre. La négation de la science est une partie incontestable de ce qui a motivé dans un autre temps la téléologie – cette doctrine même qui prétend que la destinée finale du monde est déjà tracée. Dans cet élan, les tenants de la ligne du « rechauffement naturel de la terre » doivent se considérer et être considérés, tels des téléologues qui refusent de la reconnaissance des sciences vivantes.

Laisser un commentaire