L’union à gauche inquiète les partis de droite

Les principales formations de la gauche française ont signé un accord en vue des législatives. Cette bannière commune agite le parti d’Emmanuel Macron et les partis de droite qui craignent que le résultat de la présidentielle soit contredit les 12 et 19 juin prochain.

La fracture de la gauche française remonte à loin. Le coup de grace du désamour a été asséné par le référundum de 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, aussi appelé le traité de Lisbonne. Le Parti socialiste – alors 1ère force de gauche dans l’Hexagone – se déchire en interne sur la question. Le « Non » finit par l’emporter avec plus de 55% des voix dans la population. Pourtant, en février 2008, Nicolas Sarkozy opère un coup de force parlementaire inédit qui réunit des députés aussi bien de droite et de gauche. Les parlementaires de ces deux bords politiques ratifient le traité de Lisbonne dans la Constitution française, contre la volonté des Français. A partir de ce moment émèrge dans l’opinon publique l’idée que la droite et la gauche c’est la meme chose. Le PS accepte un tournant libéral, renie l’existence de la lutte des classes et abandonne les classes ouvrières à l’extreme-droite. Quatre ans plus tard, les tenants de cette ligne politique – portée par François Hollande – remportent la présidentielle. Certains frondeurs tentent de résister en interne, d’autres quittent le parti dès 2008 pour refonder la gauche sociale et écologique, c’est-à-dire une gauche qui répond aux besoins des classes populaires.

Les observateurs de la vie politique française ont assisté en cette première semaine de mai 2022 à une clarification entre les anciens membres du PS et les frondeurs devenus majoritaires. En acceptant de signer un accord de principe avec La France insoumise sous la bannière Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale), l’actuel bureau politique du Parti socialiste se distancie du libéralisme promu par François Hollande et ses anciens ministres, dont l’actuel président Emmanuel Macron faisait également partie. Ce dernier provoqua en 2017 une première clarification au sein des partis, dits traditionnels, en s’emparant des éléments libéraux de chacun d’entre eux. Ainsi, de nombreuses personnalités du PS, des Républicains et meme d’Europe Ecologie-Les Verts avaient rejoint non seulement La République En Marche, mais aussi le gouvernement sur un programme et une politique libérale affirmée. Cinq ans plus tard, la clarification s’est étendue à l’intérieur du PS qui ne veut plus entendre parler du quinquénnat Hollande et encore moins de ces anciens ministres qui ont fait le jeu d’Emmanuel Macron tout en continuant à affirmer une appartenance, ou du moins une filiation, à l’ancien parti au pouvoir – comme Stéphane Le Foll, Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls qui dès 2017 avait appelé à voter Emmanuel Macron, contre Benoit Hamon, candidat du PS.

Les Républicains, absorbés par Emmanuel Macron

La première semaine de mai aura donc permis aux forces de gauche de se retrouver, ou plus exactement de trouver un accord de principe. Car, en effet, les retrouvailles restent soumises à de nombreuses conditions. Les divergences qui existaient hier lors de la présidentielle continueront d’exister demain lors des législatives. Pour autant, devaient-ils éviter de parler de leurs nombreux points de convergences? La droite et le centre auraient préféré que oui.

Les Républicains n’ose pas encore affronter la réalité qui ne souffre pourtant d’aucune ambiguité. C’est au sein de cette formation politique qu’Emmanuel Macron a puisé un grand nombre d’élus en leur attribuant les ministères les plus importants durant son mandat : Edouard Philippe et Jean Castex ont tous deux été Premier ministre ; Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et Gérald Darminin, ministre du budget puis de l’Intérieur. Presque de façon caricaturale, cette proximité idéologique avec le parti de droite a été confirmée par la candidate à la présidentielle, Valérie Pécresse, lorsqu’elle accusait Emmanuel Macron de lui voler son programme. Souffrant de l’ascendant qu’a pris Emmanuel Macron sur son éléctorat, le parti des Républicains préfère critiquer l’alliance de la gauche plutot que de remettre en question son propre ADN politique qui s’est progressivement vidé de sa substance pour se reconstituer autour du président réélu.

L’extreme droite demande aussi l’union

A l’extremité de ce meme bloc politique, Eric Zemmour a appelé les représentants du Rassemblement national à faire campagne ensemble en vue des législatives. Un appel du pied rejeté d’un revers de main. Les insultes incessantes proférées lors de la campagne présidentielle par le candidat de Reconquete à l’encontre de Marine Le Pen ont été mal vécues. De plus, chassant sur les memes terres, la candidature d’Eric Zemmour a menacé le présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle à quatre cents mille voix près.

Historiquement, la Gauche a souffert des divisions. Elle veut maintenant retrouver son socle commun, à savoir remettre la question sociale au centre de l’agenda politique. Face à cette configuration inédite, c’est désormais la Droite qui se perd et qui peine à proposer un projet de société à son éléctorat.