Les vestiges plurimillénaires qui fondent la cité de Petra accueillent près d’un million de visiteurs chaque année. Un chiffre qui réjouit les autorités jordaniennes pour l’apport économique qu’il draine, mais au mépris du respect des règles sur la condition animale.
Déjà connue des férus d’histoire, Petra a gagné en visibilité en 2007, lorsqu’une société de marketing américaine, la New Open World Cooperation, l’a classée parmi les « Sept nouvelles merveilles du monde ». Dans ce site majestueux qui remonte aux âges de l’Antiquité, les nerfs des visiteurs venus contempler les lieux sont mises à l’épreuve de la comédie du tourisme.
Le pèlerinage du narcissisme
Petra, ce sont près d’une dizaine de kilomètres de vestiges. Trois kilomètres séparent l’Accueil du premier point de repère, le Khazneh (en français, Le Trésor). Ce tombeau funéraire taillé dans le gré constitue la carte postale de Petra dans le monde entier. Lors de cette marche initiatique de trois kilomètres, les visiteurs se préparent à découvrir cet imposant monument de la cité nabatéenne. Certains renoncent à la marche, préférant les commodités d’un véhicule électrique ou d’un cheval en piteux état.
Les différents manuels de voyages précisent que le meilleur moment pour se rendre au Khazneh coïncide avec le lever du soleil. Certains visiteurs environnent donc les lieux dès l’aurore pour profiter du calme qui y règne et aussi observer les couleurs froides avant l’arrivée du soleil.
A ce moment matinal, il est aussi possible d’observer un cirque de touristes maquillés pour les besoins de l’évènement. Arrivant avec des robes et des chemises ; arborant des accessoires de luxe et un trépied, des femmes et des hommes viennent immortaliser leur présence à Petra pour en faire un souvenir digne d’une photo d’un magazine de mode. De longues minutes durant, ils se servent du cadre pour assouvir l’amour qu’ils ont d’eux même.
Et là s’arrête leur pèlerinage à Petra. Le site archéologique s’étend pourtant jusqu’au Deir (en français, Le Monastère) qui s’érige six kilomètres plus loin. Pour les mannequins du superflu les quelques photos prises au pied du site suffisent pour dire : « je suis allé à Petra ».
Le tourisme à l’heure de la maltraitance animale
Ceux qui continuent le trajet au-delà du Khazneh se divisent en trois groupes de personnes : les voyageurs, les touristes et les opportunistes.
Les voyageurs se distinguent par une attitude respectueuse des lieux. Munis de leurs chaussures de marche et d’un carnet de voyage, ils avancent de vestige en vestige avec leur livret explicatif. Discrets, ils s’effacent derrière leur appareil photo, captant uniquement la beauté du panorama.
Les touristes sont vêtus selon les codes des plages privées. Ils parlent fort, crient tout haut et bloquent les accès afin de marquer des pauses pour se prendre en photo. La discrétion des premiers s’oppose à l’affichage des seconds.
Les opportunistes représentent la bassesse la plus laide du tourisme. Profitant des conditions d’accès favorables au site de Petra, ils ne sont pas faits pour de l’exercice de la marche. En situation de handicap physique, Les opportunistes utilisent l’outilmis à leur disposition : l’âne. Le nombre impressionnant de bêtes présentes à Petra donne aux personnes qui aiment les animaux des maux d’estomac insupportables. Quotidiennement, les outils transportent sur des milliers de marches, des charges impressionnantes, allant des marchandises de contrefaçon, aux touristes souffrant d’obésité.
L’opportuniste n’a pas l’initiative de la marche dans son pays, mais au cours de ses vacances, il s’invente un destin sportif auquel il renonce rapidement. Il s’improvise alors à une autre activité, équestre cette fois, sur le dos d’un âne qui, pattes tremblantes, avance sous les coups de fouet de son maitre.
Une fois l’épreuve surmontée, l’âne est ensuite attaché à un rocher, sans eau, ni nourriture. Le soleil battant chaleur fige l’animal qui, déforcé de son braiment, sort la langue pour invoquer l’eau. Les gouttes s’offrant à lui sortent de ses yeux accablés par la fatigue et la douleur.
Les bienfaiteurs du XXe siècle
La beauté archéologique de la cité nabatéenne est gâchée par la laideur des petites gens qui la fréquente. A leur suffisance narcissique et paresseuse s’ajoute aussi un crétinisme intellectuel.
Touchés par une grande précarité, les Jordaniens, qui vivent aux alentours de Petra, pénètrent le site afin d’offrir des services dans le but de capter l’abondance d’argent liquide qui circule. Malgré l’illégalité de leur activité, les autorités locales ont depuis longtemps renoncé à s’attaquer au phénomène. Une fois démantelé, il referait surface dès le lendemain.
Les touristes et les opportunistes deviennent dès lors les responsables collatéraux de la dégradation du lieu. Malavisés ou benêts, ils se persuadent de faire tourner l’économie locale en s’achetant les services proposés. Loin d’être gênés par le travail d’enfants, ils vivent de leurs propres croyances, agissants en bienfaiteurs qui apportent l’aumône ; s’offrant le plaisir de se croire bienveillants.
Visiter Petra a été d’une grande souffrance. L’âme est meurtrie de voir autant de souffrance dans un lieu aussi merveilleux. A chaque pas, il faut avancer, décliner, détourner le regard pour rendre l’expérience plus supportable. Comme une pensée qui se perd, il devient souhaitable d’imaginer un monde qui s’éduque au voyage pour le rendre vivable.